17/04/2026
# # # *Dady’Boy : Le gars qui comptait les morts dans ses rêves*
Dady’Boy, on l’appelait comme ça parce qu’à 12 ans il disait déjà « t’inquiète papa gère ». Il avait grandi à Ouaga, entre le marché de Sankaryaré et les chantiers de son oncle. Petit, il réparait les postes radio des voisins. Grand, il réparait les silences dans les familles.
À 20 ans, Dady’Boy avait deux mains : une pour donner, une pour retenir ceux qui tombaient. Il ouvrait un petit garage, "Dady’Boy Moteurs". Le jour il changeait des pneus, la nuit il changeait des vies. Un gamin traînait trop ? Il lui filait une clé de 12 et un proverbe : « Si tu serres pas ta vie, la vie va te desserrer. »
Le problème, c’est que le quartier a changé. Les petits qui jouaient aux billes se sont mis à jouer aux armes. Un par un, Dady’Boy a vu ses "petits frères" tomber. Karim, poignardé pour un téléphone. Issouf, b***e perdue. Moussa, b***e trouvée.
Chaque enterrement, Dady’Boy rentrait au garage et notait un nom sur le mur du fond. Au bout de deux ans, le mur était noir d’encre. Les gens disaient : « Dady’Boy, c’est l’homme qui a enterré trop de gens. »
Une nuit, il a rêvé. Tous les noms du mur étaient debout dans le garage. Karim a parlé en premier : « Grand frère, nous on est parti. Mais toi t’es encore là. Si tu tombes aussi, qui va tenir le mur ? »
Le matin, Dady’Boy a pris de la peinture blanche. Il a tout recouvert. Puis il a écrit en gros au milieu : *« Atelier pour vivants seulement »*.
Aujourd’hui le garage est devenu une école de méca. Sur la porte y’a une règle :
*1. On entre avec les mains vides.*
*2. On ressort avec un métier.*
*3. On laisse les morts dehors.*
Les anciens l’appellent toujours Dady’Boy. Les nouveaux l’appellent « Papa ».
Lui il dit juste : « J’ai pas tué trop de gens. J’ai juste enterré trop d’enfants qui n’auraient jamais dû mourir. »