03/03/2026
Pourquoi certains projets échouent-ils malgré un bon financement ?
C'est une question que je me suis posée quand j'ai commencé à m'intéresser au monde entrepreneurial.
Aujourd'hui, avec mon expérience, je ne peux toujours pas donner une réponse universelle. Mais je sais que dans l'agrobusiness (qui est mon domaine d'activité), les projets échouent généralement pour quatre raisons :
La première raison, c'est l'absence de présence et de suivi sur le terrain.
L'argent peut acheter des installations, mais il ne peut pas acheter l'attention quotidienne. J'ai vu un investisseur installé à l'étranger financer une ferme piscicole sans jamais y mettre les pieds et tout déléguer à son fils et au personnel local.
Après un an, le bassin qui était censé contenir des milliers de poissons n'en abritait qu'une centaine. Le reste avait disparu, volé ou mal géré. Le monsieur était abattu quand il nous a appelés pour qu'on aille lui faire le point sur le terrain. Mais il avait compris que l'argent ne remplace pas le regard du porteur de projet.
La deuxième raison qui fait échouer les projets dans l'agrobusiness, c'est le manque d'expertise adaptée.
On peut avoir des fonds, mais ne pas savoir les dépenser efficacement. Certains achètent des équipements high-tech souvent inutiles, ou se lancent dans des cultures inadaptées au terroir, guidés par des promesses de rendements irréalistes.
Mais ils oublient que sans une bonne connaissance du milieu, des saisons et des risques, même le budget le plus généreux va se disperser et s'évaporer.
La troisième raison est la déconnexion entre l'investisseur et la réalité du métier.
L'agrobusiness n'est pas un placement financier classique. C'est un engagement dans le temps et un partenariat avec l'incertitude. Si vous vous lancez sur la base de spéculations, vous allez abandonner à la première difficulté, car vous n'aurez ni la patience d'attendre que les cycles naturels s'accomplissent, ni la résilience de faire face aux revers.
La quatrième raison est l'oubli du facteur humain.
Une entreprise agricole, c'est d'abord des hommes et des femmes. Même le meilleur financement échouera si la main-d'œuvre n'est pas motivée, formée et traitée avec équité.
J'ai vu des projets où les ouvriers étaient sous-payés, mal logés et n'avaient aucun intérêt dans la réussite du projet. Conséquence : leurs gestes devenaient mécaniques et la production en pâtissait.
L'argent est un carburant nécessaire, mais ce n'est pas le gage de réussite d'un projet. Surtout dans le domaine agrosylvopastoral.
Le moteur, c'est l'expertise, la présence, l'engagement et une relation saine avec ceux qui travaillent la terre.
Que ce mois de mars soit productif et fructueux pour tous !