10/05/2026
Elle était contente. Depuis trois semaines, elle mettait des protéines à chaque repas : des œufs le matin, de la viande ou du poisson le midi et le soir, un yogourt grec en collation. Pour la première fois depuis longtemps, elle n'avait plus de fringale à 16 h. Elle ne pensait plus à manger entre les repas. Elle mangeait moins, sans se forcer.
Puis elle m'a dit, un peu gênée, qu'elle n'était pas allée à la toilette depuis trois jours. Elle avait déjà son explication : « Je mange trop de protéines, je dois manquer de fibres. »
Ce qui m'a frappé, c'est l'ordre dans lequel elle avait relié les choses. Le premier changement qu'elle remarquait, elle le voyait comme un problème. Et la satiété, celle qu'elle appréciait tant et qui a mis plusieurs semaines a arrivé, elle ne l'avait même pas mise dans l'équation.
Pourtant, le lien est assez simple. Les protéines sont ce qui rassasie le plus dans une assiette. Quand on en mange davantage, on a moins faim et on mange moins. C'était même un peu le but. Mais ce qui entre en moins finit aussi par sortir en moins. Moins de volume dans l'assiette, c'est moins de volume dans l'intestin, et des passages plus espacés. Son corps ne déraillait pas. Il répondait, de façon tout à fait logique, à un changement qui fonctionnait.
Trois jours, quand on mange moins, ce n'est pas une alerte : d'une personne à l'autre, un transit normal va de trois fois par jour à trois fois par semaine. Elle avait quand même raison sur un point. Quand on mange moins, on mange moins de tout, y compris des légumes, des fruits et des grains entiers. Ses fibres avaient donc baissé elles aussi. Le problème ne venait pas des protéines mais de l'assiette, qui avait rétréci. Il suffisait d'ajouter autour : des légumes, des légumineuses (elles apportent les deux à la fois), un fruit, de l'eau. On garde ce qui marche et on complète ce qui manque.
Mais c'est surtout la vitesse de sa conclusion qui m'est restée. On change une petite chose, et on attend du corps un verdict immédiat, alors qu'il ne se prononce qu'après plusieurs semaines, parfois des mois.
Et ça joue aussi dans l'autre sens, plus souvent encore : « j'ai fait des changements, et rien ne bouge ». Le plus souvent, ça veut dire que la balance n'a pas bougé. Or, même quand le changement est réel, le chemin n'est pas une ligne droite. Il m'arrive presque de préférer qu'une personne prenne quelques livres au début : c'est souvent le parcours le plus classique. Les muscles qu'on remet au travail refont leurs réserves d'énergie, et ces réserves se stockent avec de l'eau. Ils en retiennent aussi le temps de se réparer après l'effort. Ces premières livres, c'est surtout de l'eau, et la baisse vient ensuite. Celle qui se fie à sa balance au bout de trois semaines risque d'arrêter juste au moment où ça allait commencer.
Trop vite pour conclure à un problème, trop vite pour conclure qu'il ne se passe rien : dans les deux cas, on lit en quelques jours ce qui se lit sur des semaines.
Le corps finit par répondre. Simplement, pas à la vitesse de nos questions.