08/05/2026
L'ODYSSÉE DES PINARDIERS...
Ou comment la Méditerranée devint une autoroute liquide.
Au début du XXᵉ siècle, le port d'Oran est le théâtre d'un ballet fascinant. Des navires aux coques ventrues et aux cheminées noires de suie accostent le long de quais spécialement construits pour eux.
Ce sont les pinardiers. Leur nom sent le vin bon marché et l'aventure maritime.
À bord, des cuves immenses en acier riveté. Pas de cabines luxueuses, mais une cargaison précieuse : jusqu'à 15 000 hectolitres de vin par voyage. C'est le Médéa, le Mater Dei, le Château Yquem (oui, un pinardier portait ce nom !).
Ils font la navette entre Oran, Alger, Bône et les ports français de Sète, Port-Vendres, Lorient ou Rouen.
Imaginez l'ambiance : l'odeur entêtante du vin qui imprègne tout, le tangage lourd de la mer, et à l'arrivée, des centaines d'ouvriers qui se pressent pour décharger ces flots de rubis algérien.
À Lorient, la ville entière vit au rythme de cette manne. Les bistrots bretons servent du "gros rouge" qui a traversé la Méditerranée. C'est une épopée logistique et humaine qui relie deux rives, deux mondes, autour d'un même breuvage.
"Quand les pinardiers fendaient les flots, la Méditerranée avait le goût du vin d'Algérie."
: