04/06/2026
Effets d'une sélection précoce des larves sur la métamorphose et le poids chez Tenebrio molitor
Introduction
Cette étude visait à évaluer, chez deux groupes de Tenebrio molitor suivis pendant un mois, le taux de transformation réussie de la nymphe à l'adulte, le taux de malformations ainsi que le poids moyen aux différents stades de développement (larve, nymphe, adulte). L'objectif était de comparer l'effet d'une sélection précoce basée sur la taille et l'aspect des larves (groupe A) par rapport à une absence de sélection larvaire (groupe B), en se limitant à une comparaison descriptive des résultats entre les deux groupes.
1. Matériel et méthodes
1.1. Élevage et conditions expérimentales
Un bac de dimensions 60 × 40 cm a été utilisé. Il contenait une quantité constante de son de blé. Les larves ont été nourries et hydratées tous les 3 à 4 jours avec des carottes, des peaux de banane et des plantes sauvages (ortie et pissenlit). L'alimentation était exclusivement biologique.
Les conditions environnementales (température, humidité) sont identiques pour les deux groupes. Au cours du mois de mai, la température moyenne a été de 22,9 °C et l'hygrométrie moyenne de 45,8 %.
Aucun écart de température n'a été constaté entre les différents bacs.
1.2. Critères et protocole de sélection des larves et nymphes
Deux groupes, A et B, ont été constitués.
· Groupe A (sélection précoce) : les larves ont été choisies en fonction de leur taille et l'aspect de leur cuticule (individus les plus gros et à cuticule saine). Elles ont été prélevées et conditionnées dans un bac de 40 × 30 cm contenant du son de blé, sans apport hydrique supplémentaire. Les nymphes issues de ces larves ont à leur tour été sélectionnées sur leur aspect, prélevées à la pince et placées dans un conteneur de mêmes dimensions avec de l'essuie-tout comme support.
· Groupe B (absence de sélection larvaire) : les larves sont restées dans le bac initial de 60 × 40 cm. Seules les nymphes ont été sélectionnées sur leur aspect, puis prélevées et conditionnées selon le même protocole que le groupe A.
Récapitulatif des bacs :
· Un bac initial (60 × 40 cm) contenant larves et nymphes des deux groupes.
· Un bac de 40 × 30 cm pour les larves sélectionnées du groupe A.
· Deux bacs de 40 × 30 cm pour les nymphes (un par groupe).
1.3. Mesures des poids et suivi de la métamorphose
Les poids moyens des trois stades (larve, nymphe, adulte) ont été mesurés pour chaque groupe. Plusieurs mesures ont été effectuées pendant ces 31 jours ; les valeurs minimales et maximales ont été enregistrées. Une moyenne a été calculée pour chaque stade des deux groupes sauf pour le stade larvaire qui ne contenait qu'une seule valeur.
Pour l'étude de la métamorphose, un suivi distinct a été réalisé sur un plus grand nombre de nymphes (2648 pour le groupe A, 7029 pour le groupe B). Trois issues ont été notées : adulte normal, adulte malformé (ailes ou exosquelette incomplets, déformations), décès.
Aucun test statistique n'a été appliqué. Les résultats sont présentés de manière descriptive afin de comparer les deux groupes.
2. Résultats et observations
2.1. Taux de transformation nymphe → adulte et malformations
Le groupe A présente un taux d'adultes normaux plus élevé (91,81 % contre 69,51 %), ainsi que des taux de malformations (6,46 % contre 22,42 %) et de mortalité nymphale (1,74 % contre 8,07 %) inférieurs à ceux du groupe B.
(voir en annexe)
2.2. Poids moyen des différents stades
Les poids moyens (en mg) et leur évolution entre les stades des deux groupes sont présentés en annexe.
Comparaison descriptive :
· Les larves du groupe A sont en moyenne 11 % plus lourdes que celles du groupe B.
· Les nymphes du groupe A sont en moyenne 40 % plus lourdes que celles du groupe B.
· Les adultes du groupe A sont en moyenne 31 % plus lourds que ceux du groupe B.
Évolution des poids intra-groupe :
Dans les deux groupes, le poids diminue de la larve à l'adulte. La perte entre larve et nymphe est de 38,25 mg (groupe A) contre 61,15 mg (groupe B). La perte entre nymphe et adulte est de 13,41 mg (groupe A) et 3,44 mg (groupe B). Le groupe B subit une perte plus marquée lors de la première phase de métamorphose.
3. Discussion
Cette étude montre qu'une sélection précoce des larves de Tenebrio molitor basée sur leur taille et l'aspect de leur cuticule (groupe A) améliore le succès de la métamorphose, réduit les malformations et augmente le poids des adultes par rapport à une absence de sélection larvaire (groupe B). Le groupe A présente un taux d'adultes normaux de 91,81 % contre 69,51 % pour le groupe B, des malformations réduites (6,46 % contre 22,42 %) et une mortalité nymphale plus faible (1,74 % contre 8,07 %). De plus, les adultes issus de larves sélectionnées sont plus lourds (130,16 mg contre 99,05 mg en moyenne).
Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ces résultats. Les larves plus grosses et à cuticule saine possèdent probablement des réserves énergétiques plus importantes, ce qui favorise une métamorphose réussie. Dans le groupe B, l'absence de sélection conduit à inclure des individus de moindre qualité physiologique, augmentant ainsi les malformations et la mortalité. Enfin, bien que non testé ici, il est possible que les larves sélectionnées portent des traits génétiques favorables.
Ces résultats s'inscrivent pleinement dans ceux de Rumbos et al. (2021) et Adamaki Sotiraki et al. (2022), qui ont mis en évidence d'importantes variations de performance larvaire et adulte selon la souche géographique de T. molitor. Rumbos et al. (2021) ont montré que la croissance larvaire, l'efficacité alimentaire et la survie diffèrent considérablement entre souches, certaines d'entre elles présentant des compromis (trade offs) entre un poids final élevé et une durée de développement prolongée. Adamaki Sotiraki et al. (2022) ont étendu ces observations aux traits adultes : la production d'œufs, le taux d'éclosion et la survie des adultes varient également selon la souche. Les présents résultats complètent ces travaux en montrant qu'au sein d'une même souche, une sélection précoce opérée au stade larvaire permet d'obtenir des améliorations du poids, de la survie et de la qualité de la métamorphose qui rappellent celles observées entre souches génétiquement éloignées.
Par ailleurs, le protocole de cette étude se distingue des travaux de Morales Ramos et al. (2019). Ces auteurs ont rapporté qu’une sélection de huit ans sur la taille des nymphes augmente significativement le poids des adultes, mais induit une réduction de la survie larvaire, illustrant un trade off entre gain de taille et viabilité larvaire. Dans notre étude, la sélection précoce sur larves (taille + aspect cuticulaire) a amélioré le succès de la métamorphose (moins de mortalité nymphale et de malformations) sans que nous ayons mesuré l’effet sur la survie larvaire des générations suivantes. Il serait intéressant de vérifier si ce type de sélection précoce évite le trade off observé par Morales Ramos et al., ou si un compromis similaire apparaît à long terme.
Morales Ramos, Rojas et Tweedy (2025) ont montré qu'une sélection sur seulement trois générations, portant à la fois sur la durée de développement larvaire et le poids nymphal, modifie significativement ces traits ainsi que la fécondité et la survie des immatures. Leurs résultats confirment qu'une sélection ciblée, même sur un petit nombre de générations, peut produire des gains notables, ce qui renforce la pertinence du protocole de sélection précoce chez les larves (groupe A) utilisé ici.
Il convient néanmoins de considérer l’influence possible de la densité larvaire, car celle-ci peut affecter la qualité et la taille des nymphes (Morales Ramos et al., 2019). Dans le protocole de cette étude, les larves du groupe A ont été prélevées au sein du même bac initial que celles du groupe B, puis conditionnées dans un bac de plus faible densité. Si la densité a pu affecter la qualité de la nymphose, l’ampleur des différences observées entre les deux groupes (taux de réussite, poids, malformations) reste bien supérieure à ce que l’on pourrait attribuer raisonnablement au seul effet de la densité. Ainsi, l’impact de la densité dans cette étude apparaît faible, et la sélection précoce sur la taille et la cuticule demeure le facteur explicatif principal.
Ainsi, ces résultats soulignent que la sélection précoce, même simple et non invasive, peut être aussi bénéfique que le choix d'une souche performante, sans les inconvénients d'une sélection t**dive. Ces conclusions renforcent l'idée que l'optimisation des élevages de T. molitor peut reposer non seulement sur le choix de souches adaptées (Rumbos et al., 2021 ; Adamaki Sotiraki et al., 2022), mais aussi sur des pratiques de sélection intra souche précoces, comme celle testée ici.
4. Limites de l'étude
· Pour les larves, un seul lot a été pesé par groupe, ce qui ne permet pas d'estimer la variabilité entre lots ni de généraliser les résultats à d'autres élevages.
· Les effectifs de suivi de métamorphose (2648 et 7029) sont très inégaux, mais la comparaison descriptive reste possible.
· Aucun test statistique n'a été réalisé, les différences observées sont donc présentées à titre descriptif et ne peuvent être attribuées formellement à la sélection avec un risque d'erreur connu.
Malgré ces limites, les résultats sont cohérents et montrent des écarts importants entre les deux groupes (taux de réussite, malformations, poids des adultes).
Conclusion
La sélection des larves de Tenebrio molitor en fonction de leur taille et de l'aspect de leur cuticule (groupe A) permet d'obtenir, par rapport à une absence de sélection larvaire (groupe B) :
· un taux d'adultes normaux plus élevé (91,81 % contre 69,51 %) ;
· des taux de malformations (6,46 % contre 22,42 %) et de mortalité nymphale (1,74 % contre 8,07 %) réduits ;
· des adultes plus lourds (130,16 mg contre 99,05 mg en moyenne).
Ces avantages sont observables dès le stade larvaire (poids plus élevé) et se maintiennent à l'âge adulte. Cette méthode simple et non invasive peut donc être recommandée dans un cadre d'élevage ou de recherche pour améliorer la qualité et la productivité des colonies.
Des études futures avec plusieurs bacs indépendants et des mesures répétées permettraient de confirmer ces observations descriptives par une approche inférentielle.
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Annexe
· Larves et nymphes (groupe A) - 12 mai 2026
https://www.facebook.com/share/p/1CwxGRHKqw/
· Adultes (groupe A) - 7 mai 2026
https://www.facebook.com/share/p/1DkszELcLw/
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Références
Rumbos, C. I., Adamaki-Sotiraki, C., Gourgouta, M., Karapanagiotidis, I. T., Asimaki, A., Mente, E., & Athanassiou, C. G. (2021). Strain matters: Strain effect on the larval growth and performance of the yellow mealworm,Tenebrio molitor L. Journal of Insects as Food and Feed, 7(8), 1195–1206. https://doi.org/10.3920/JIFF2021.0035
Adamaki-Sotiraki, C., Rumbos, C. I., & Athanassiou, C. G. (2022). Strain effect on the adult performance of the yellow mealworm,Tenebrio molitor L. Journal of Insects as Food and Feed, 8(12), 1401–1410. https://doi.org/10.3920/JIFF2021.0207
Morales-Ramos, J. A., Kelstrup, H. C., Rojas, M. G., & Emery, V. (2019). Body mass increase induced by eight years of artificial selection in the yellow mealworm (Coleoptera: Tenebrionidae) and life history trade-offs. Journal of Insect Science, 19(2), 4, 1–9. https://doi.org/10.1093/jisesa/iey110
Morales-Ramos, J. A., Rojas, M. G., & Tweedy, D. (2025). Three-generation simultaneous selection in two quantitative traits of Tenebrio molitor (Coleoptera : Tenebrionidae) and seasonal effects on phenotype expression. Journal of Economic Entomology, 118(6), 2718–2730. https://doi.org/10.1093/jee/toaf197
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Tomy Perreon, 4 juin 2026