18/06/2026
La bouillie bordelaise est le traitement phytosanitaire le plus ancien et le plus emblématique de l'agriculture française — découverte en 1885 dans les vignobles du Médoc pour combattre le mildiou de la vigne, elle est aujourd'hui l'un des rares traitements phytosanitaires autorisés en agriculture biologique tout en étant également disponible pour les jardiniers amateurs.
Sa nature de fongicide de contact et non systémique est le point technique le plus important à comprendre pour l'utiliser efficacement : la bouillie bordelaise crée un film de cuivre sur la surface des feuilles qui tue les spores de mildiou au contact, empêchant leur germination et leur pénétration dans les tissus foliaires. Elle ne circule pas dans la sève de la plante et n'agit donc que sur les surfaces effectivement touchées par la pulvérisation. Une feuille non couverte lors du traitement reste entièrement exposée aux spores du mildiou qui s'y déposent.
La confusion la plus fréquente entre les jardiniers est de considérer la bouillie bordelaise comme un traitement curatif applicable une fois que les symptômes du mildiou sont visibles sur les feuilles — une erreur qui conduit inévitablement à la déception : une feuille déjà infestée de mildiou a ses cellules déjà colonisées par le mycélium du champignon, que la bouillie bordelaise appliquée à l'extérieur ne peut pas atteindre. La logique correcte est préventive : traiter avant l'apparition des symptômes, dans les périodes à risque (temps chaud et humide), pour que chaque nouvelle feuille qui se développe soit immédiatement protégée avant d'être exposée aux spores.
L'accumulation du cuivre dans les sols est le revers environnemental de cette pratique séculaire bien documenté par les analyses de sol des vignobles français anciens, qui présentent des concentrations de cuivre bien supérieures aux sols naturels. Le cuivre en excès est toxique pour certains invertébrés du sol — en particulier les vers de terre qui en accumulent les doses dans leurs organismes. Cette réalité justifie l'encadrement réglementaire strict des doses en agriculture biologique et incite à n'utiliser ce traitement que lorsqu'il est réellement justifié, en alternant avec d'autres méthodes préventives.