07/05/2025
Du pain et de littérature
Jean Antoine Ducluzeau est la figure historique la plus emblématique de la ferme de la Meyfrenie. Soucieux du prix élevé du pain en raison des mauvaises récoltes de blé, il créa, au milieu du XIXe, un pain à base de fécule de pomme de terre dans l’espoir de rendre plus accessible cet aliment à la population. Antonio Tabucchi, de son côté, fut un écrivain et traducteur italien, auteur notamment de Pereira prétend, un de mes romans préférés. Il est également l’auteur de Rêves de rêves, un très beau livre que je vous invite à découvrir et dont j’ai repris maladroitement la structure pour l’écriture de ce premier post.
La nuit du 25 avril 1833, alors qu’il venait de s’installer à la Meyfrenie, Jean Antoine Ducluzeau, âgé de 51 ans, homme politique français, médecin, maître maçon et humaniste, fit un rêve. Il rêva qu’il était devenu apprenti boulanger et qu’on lui avait chargé de faire le pain pour le dîner du Comice Agricole, dont il était encore le président. « Mais je ne sais pas faire du pain ! », dit-il. « Ce n’est pas grave ! répondu le boulanger, tout le monde peut faire du pain. Il suffit de choisir une bonne variété de pommes de terre » D’un air inquiet, l’apprenti boulanger Jean Antoine Ducluzeau chercha à comprendre. « Mais pour faire du pain, ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser de la farine de blé à la place de la pomme de terre ? » Le boulanger soupira puis dit : « Ôtez-vous la perruque, jeune homme, il semblerait qu’elle vous étouffe les idées. » Puis parti laissant Jean Antoine Ducluzeau face à une muraille terrifiante de féculents. Pas loin, un jeune paysan-pharmacien chantait gaiement car il venait de retrouver son âne aimé. « Mais qu'est-ce qui t’arrive ? », lui demanda Max, le jeune paysan-pharmacien, lorsqu'il aperçut l’état pitoyable dans lequel se trouvait Ducluzeau. « Je ne suis qu’un apprenti boulanger et on me demande de faire un pain… à la pomme de terre », dit-il enfin en pointant du doigt la terrible muraille. Max sourit en silence puis jeta nonchalamment à terre la perruque que Jean Antoine Ducluzeau tenait toujours par la main. Les yeux gris de l'apprenti boulanger regardèrent le jeune paysan-pharmacien. « Mais comment je suis censé faire ? » Max s'approcha de lui et l’embrassa. « Ça va le faire. T'inquiète. Regarde ta muraille : elle s'écroule déjà ». Puis s'en alla chantonnant. A cet instant, Jean Antoine Ducluzeau se réveilla et regarda par la fenêtre. Il faisait encore nuit. Il se retourna dans son lit, ferma à nouveau les yeux et sourit : Il va faire beau, aujourd’hui, pensa-t-il.