24/09/2026
Chères coopératrices, coopérateurs, ami.e.s ;
La prose est dépassée par le réel. Passons pour cette fois l’habitude d’en faire l’inventaire. Cet été, chacun de nous l’a souffert et chacun peut en faire le même constat. La dystopie n’est plus une fiction d’anticipation qu’on pourrait éviter, elle s’écrit devant nos yeux sidérés.
L’emballement climatique se révèle plus rapide que prévu.
Les scénarios qu’on pensait relever du délire SF deviennent réalité.
Et la peste brune qu’on espérait reléguée aux oubliettes de l’histoire ressurgit de partout.
L’enchaînement des catastrophes qui ont mutilé l’été font couler l’encre à défaut d’une eau qui ne coule plus.
Le techno-fascisme est à l’image de l’inconsistance d’un ventilateur pour faire face à la canicule.
La rédemption cornucopienne1 est une chimère : le sauvetage de l’humanité par la fuite en avant technologique ressemble davantage aux visions de l’Apocalypse.
L’avenir, c’est le tiers-monde généralisé à l’Occident.
Le monde qu’on a connu est révolu.
Les lignes bougent à la vitesse du feu.
Au milieu des cendres et des ruines, il faut trouver le courage d’affronter ce qui nous attends.
Il y a un monde a inventer pour chaque deuil à faire.
Il y a un temps pour organiser les colères et les tristesses.
Il y a des alliances à tisser, des refuges à peupler, des communs à défendre.
Se battre pour ne pas se laisser abattre.
Lutter pour la survivance de ce qui nous tiens en vie.
Assurer la subsistance et la robustesse qui tiendront au milieu des fluctuations.
Cultiver le soin, nourrir l’entraide, entretenir la joie, mutualiser nos forces.
Vivre avec le trouble comme le dit Haraway.
Il importait de vous rappeler ce qui n’est pas assez une évidence :
l’Amagda n’est pas un lieu de vie « alternatif »
Ni une « communauté » habitée par quelques néo-ruraux épris d’activités bucoliques.
C’est un point de ralliement politique pour s’organiser à l’aune du monde qui vient.
C’est un outil collectif.
Un espace à communiser.
Une ligne de fuite.
Une brèche à élargir.
Un refuge temporaire.
Une courroie de transmission.
Un atelier-laboratoire.
Un point à relier à d’autres.
Un début pour tout cela.
Il y a tant à faire, à tisser, à nouer, à tendre, à bricoler, à discuter, à échanger, à unir, réunir, solidifier, sublimer, sauver, soigner, aimer.
Chaque initiative en vaut la peine. Chaque rencontre est un potentiel. Chaque lien renforce un nous.
Et ce nous doit s’étendre au-delà de l’humain.
Renouer les alliances perdues et oubliées avec la terre et le ciel, du peuple du compost jusqu’aux nuées d’oiseaux, d’une cime à l’autre jusqu’à leurs plus profondes racines. Au détour des sagesses parfois anciennes et des cultures parfois lointaines qui savent encore nous apprendre à habiter la terre à la juste mesure des choses pour apprendre à faire peuple avec son cortège de vie.
La partie en est là. L’échiquier est en place. Rien n’est jamais perdu d’avance.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti.
Tant qu’on tient encore debout, résister au grand chambardement qui pèse sur notre époque.
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1Le cornucopien est celui qui vit dans le mythe de la corne d'abondance selon lequel l'avenir est un progrès continu et illimité où l'humain continuera à maîtriser son environnement grâce à sa puissance technique et à son inventivité. — Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s'effondrer
Texte écrit par notre chère scribe Max