25/09/2025
Macon, le 23 septembre 2025
Chères coopératrices, coopérateurs, ami.e.s,
Les rayons de chaleur migrent comme les oiseaux, c’est la bourrasque qui les chassent, la grisaille qui les effacent, le crachin qui les dissipent. La fin de l’été, c’est la nuit qui a gagné le combat du ciel, la panse plus grosse que les jours à force de les grignoter, les cheminées qui toussotent déjà leurs premières suies, les écharpes et les pulls ressortis des placards poussiéreux, et toute la vie dans un dernier élan avant le grand repos qui fait ses provisions, prépare son intérieur, accueille doucement la fin d’un cycle.
Mais avant, ô année à fruits, jolis fruits du soleil, de l’eau et de la terre, un millier de trésors à cueillir, à ramasser, à transformer, à conserver ! Saveurs sachant se souvenir, souvenirs sachant se savourer, bout d’été retenu pour traverser les grands froids ! Confitures, pestos, potirons, baies et gousses à dégeler, coulis de tomates, aromates,oignons et ail séchés, pommes de terre, pommes en vrac, pomme en jus, fruits à bogue, fruits à cosse, fruits à pépins, fruits à noyaux, en sirops, en liqueurs et chicons en cave, carottes en caisse, poireaux en terre, radis noir, semis d’hiver, semis sous serre... Tant et tant de caisses, de pots, de réserves, le bel été sait ravir, et des fruits et des joies et nos nuits !
Sous les couvercles vissés, la torpeur des canicules, la sueur du travail, l’odeur des fleurs et des baignades, des moissons et des meules de foin… mais surtout des heures d’arrosage pour la survie, au tuyau, au goutte-à-goutte, à l’arrosoir. Des heures de récoltes, de tri, de transfos et le paillage, le binage, les semis, les repiquages d’été, et encore, éclaircir les carottes, supprimer les gourmands des tomates, cueillir, cueillir, cueillir, effeuiller, supprimer les doryphores, traiter au savon noir, diluer le purin d’ortie, écosser, sécher, mettre à l’abri, retourner le compost, débroussailler les haies et arroser encore… C’est que l’autonomie requière l’effort, la patience et l’acceptation de ses erreurs mais elle a si bon le goût de la liberté, la satisfaction des choses faites par soi-même, la valeur rendue au vivant qui nous nourrit et à qui voudra bien comprendre que si la terre donne, il faut bien vouloir donner à la terre !
C’est indissociable de l’autre partie du vivant qui continue de s’étendre à l’Amagda, des canards aux canetons, des poules aux poussins, des chats aux chatons, des porcs aux porcelets… et de la joyeuse arrivée au cours du mois d’août de deux petites vaches jersiaises baptisées Absinthe & Camomille ! Que cela nous embarque dans la grande histoire de la polyculture-élevage, d’une agriculture vivrière, d’une économie de subsistance ou de ce qu’on appelle parfois encore les « micro-fermes » de notre modernité tardive, alors que c’était la structure nourricière de base il y a de ça encore moins d’un siècle ; on s’inscrit pour le moins dans une démarche paysanne revendiquée, on fait perdurer l’usage agricole d’une ferme avec toute les particularité d’une reprise collective. C’est du soin quotidien, de l’ancrage, de la joie, de l’attention, toute une aventure et la recherche d’une responsabilité à plusieurs pour en soutenir la pénibilité ou simplement l’opportunité de pouvoir prendre parfois quelques vacances !
Outre toute cette belle vie, on le sait, l’Amagda c’est aussi et toujours des chantiers, de l’accueil, des événements, des projets et des rencontres dans tous les sens, à faire parfois tourner les têtes comme des tournesols ! À la une pour les chantiers d’abord : les 5000€ de subsides octroyés par la fondation Roi Baudouin ont été validé au début de l’été pour installer des nouveaux châssis à l’Oronde et au dortoir, en ce moment même on est en plein dedans à remplacer les vieux linteaux avant d’entamer le reste du chantier ; travail entamé mais qui dure encore toujours pour vidanger la vieille fosse à lisier ; et chantiers terminés pour la laiterie qui fait désormais peau neuve, toute isolée et fière de ses étagères qui se remplissent des récoltes ; ainsi que des silos dont ce n’était pas une mince affaire d’assurer le rangement et le nettoyage complet !
Entre deux événements évidemment, c’est aussi toujours, ranger, monter, démonter, faire joli la dalle de béton pour accueillir, organiser, dispatcher, prévoir, assurer les shifts, la comm, les stocks et tutti quanti… Depuis belle lurette et aussi loin qu’on retrace les coupes budgétaires à tout va tout secteur non marchand confondu, toute alternative qui se respecte sait se transformer le temps d’une fête en véritable petite boîte événementielle pour assurer les autofinancements tout autant que le lien social et peut-être ce que devrait vouloir dire « faire de la politique ». Ainsi on a célébré cet été la deuxième édition d’un week-end d’échange de savoir-faire encore haut en couleurs et une toute toute belle guinguette rejoint par le fameux « farm or die » si vous n’y étiez pas, festival itinérant des luttes paysannes que nous avons eu la chance d’accueillir tout feu tout flammes dans une ambiance chaleureuse, festive et bon enfant ! Dire tout ce que cela brasse de rencontres, de lien, de joie et pas seulement de houblon ; dire tout ce que cela lie derrière des valeurs et non des sous, c’est aussi incalculable que l’amour et tout le contraire d’un expert désigné qui voudrait le quantifier pour le vendre.
Ainsi se poursuivent au milieu de ce joyeux foutoir de manière plus diffuse ou moins visibles d’autres non moins jolies expériences incalculables en dehors de quelques compteurs électriques qui quantifient malgré tout tel disqueuse qui tourne, tel poste à souder qui s’affaire, tel congélateur rempli, telle lampe ou telle sono. Qu’importe, ici on brasse, ici on mouds, on forge, on mécanique, on ferronne, on mortier, on taloche, on découpe, on herborise, on potentialise, on cuisine, on joue, on crée, on parle, on s’écoute, on lie, on relie, on découvre, on sème, on plante, on récolte, on ouvre le tout et on regarde ce qui se passe, du mieux qu’on peut sans se marcher dessus tout en se questionnant si possible !
Et pour terminer tutto questo en beauté, nous avons accueilli à l’équinoxe tout juste passé le weekend des brigades d’actions paysannes qui nous l’ont rendu en grâce, soixante bras filant la patte pour rentrer les récoltes et autant de belles choses à partager !
Ici s’achève donc le bel été, vienne l’automne avec toutes ses joies !
La fine équipe vous salue