05/02/2026
📢 Communiqué
Le 4 février 2026
Mesdames, Messieurs, chers amis des médias,
L’Office fédéral de l’agriculture a fait une proposition pour le soutien à la viticulture que nous avons lue attentivement, il en ressort que les mesures proposées ainsi que l’enveloppe budgétaire nous semblent totalement inadaptées et insuffisantes vu la situation critique de la vitiviniculture suisse.
👉Ce manque d'adéquation repose sur trois points critiques :
- Incohérence stratégique : soutenir la plantation de cépages robustes contredit la politique d’arrachage actuelle et ignore l’absence de demande du marché.
- Cible erronée : les aides à l’arrachage profitent aux propriétaires fonciers plutôt qu'aux exploitants locataires, pourtant en première ligne face à la crise.
- Priorités décalées : les investissements structurels (irrigation, murs) ne répondent en rien à l’urgence économique immédiate.
Sur le plan financier, l’aide de 10 millions de francs ne représente que 2 % du chiffre d’affaires de la viticulture suisse (env. 500 millions). Ce montant est dérisoire face à une chute de la consommation de plus de 16 % rien qu'en 2024, à laquelle se rajoutera une chute de plus de 20% estimés pour 2025.
Bien que nous saluions l'intention, l'impact réel de ce soutien nous laisse, au vu des chiffres, extrêmement dubitatifs.
👉Notre analyse
La résolution de la crise n’est plus possible actuellement, car la chute est là. Ce qui est encore possible, c’est d’accompagner les exploitations dans cette lente agonie pour éviter le plus de drames économiques et humains possible.
En privilégiant des « mesures structurelles », l’OFAG se focalise sur un plan d’arrachage qui fragilise davantage la production indigène face aux importations, lesquelles captent déjà 65 % du marché helvétique des vins. Ce retrait forcé laisse le champ libre aux vins étrangers plutôt que de soutenir la résilience locale.
De plus, ce plan ignore la réalité du terrain :
- Déséquilibre contractuel : l'abandon de parcelles est déjà une réalité (voir photo), provoqué non pas par un manque de volonté des vignerons, mais par l'incapacité des caves à absorber la récolte.
- Bénéficiaires inadaptés : une aide liée à l'arrachage profitera essentiellement aux propriétaires fonciers et non aux exploitants qui subissent de plein fouet les frais fixes et la chute des revenus.
L'aide pour l'arrachage de vignes, avec comme objectif 2 % de la surface viticole, soit 300 ha, ne couvre qu'une fraction marginale des quelque 14 569 hectares que compte le vignoble suisse.
L’amendement du budget proposé par M. Baptiste Hurni, suite à l’interpellation de M. Pierre-Yves Maillard préconisait un doublement des paiements directs pour 2025, soit environ 45 millions de francs.
L’arbitrage parlementaire final de 10 millions qui est symbolique, ne couvre même pas le quart de l'effort nécessaire afin d'assurer la survie et la restructuration d'exploitations aujourd'hui condamnées.
Sans un soutien majeur, la capacité de réforme du secteur est inexistante.
👉L'année 2026 est déjà condamnée… !
La fragilité du secteur n'est plus une hypothèse, mais une réalité documentée par des indicateurs critiques pour 2026 :
- Production sans débouché : comme l'a révélé 24 heures, au moins 10 % du vin vaudois se retrouvera sans acheteur dès 2026.
- Avis d'éviction massifs : plus de 200 vignerons vaudois ont déjà été avertis par les grands acheteurs (comme la maison Maison Schenk) que leurs prochaines récoltes ne seront plus prises en charge.
- Abandons forcés : des parcelles historiques commencent déjà à être laissées en friche, faute de rentabilité et de repreneurs.
En Valais, l'urgence est telle que le Conseil d'État du Valais a dû débloquer 1,6 million de francs, un montant jugé largement insuffisant par la profession. Parallèlement, l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais demande d'accélérer l'arrachage obligatoire des vignes abandonnées dès le printemps 2026 pour limiter les risques phytosanitaires, officialisant ainsi un déclin subi plutôt que choisi.
La situation actuelle laisse présager des faillites imminentes et un effondrement régional en cours d'année 2026 si aucune mesure drastique n'est prise pour limiter les importations. Nous confirmons à ce stade que plus de 50 % du vignoble romand risque de disparaître à court terme.
L’aide fédérale de 10 millions de francs n'est donc pas un levier de relance, ni même un ralentisseur face à un effondrement déjà amorcé.
👉Pour endiguer l’effondrement, nous demandons expressément l'application de deux leviers concrets :
- Soutien direct aux exploitants : un doublement des paiements directs basé sur les surfaces déclarées en 2025. Cette mesure garantit une aide rapide, proportionnelle aux pertes réelles, et doit être coordonnée avec les soutiens cantonaux pour stopper l'hémorragie des faillites.
- Régulation du marché : l'instauration urgente du principe de réciprocité : « 1 litre de vin suisse vendu autorise la vente de 1 litre de vin étranger », afin de rééquilibrer une balance commerciale aujourd'hui dévastatrice pour nos vignerons et toute la filière de la production indigène.
👉En conclusion :
Si le Parlement fédéral fixe le budget, l'application relève de la responsabilité de l'OFAG. En l'état, tant le montant que l'affectation proposée — visant une aide à moyen et long termes — ne répondront pas à l’urgence de la crise actuelle.
Ce qui nous désole profondément, c'est l'absence de conscience face à la gravité de la situation. Nous tirons la sonnette d'alarme depuis juillet 2025 ; aujourd'hui, malgré nos avertissements répétés, la profondeur du drame n'est toujours pas prise en compte. En ne prenant pas des mesures proportionnées pour y répondre, le vignoble romand est condamné à une disparition programmée, avec son lot de drames humains et économiques déjà amorcés.
L’histoire nous regarde.
Le manque d’information ne pourra plus être invoqué comme excuse, ni devant la branche, ni devant la population.
Les Raisins de la Colère 🍇🍷