19/11/2025
Tantie Akissi: "Ma Voix pour Vous, Sœurs"
Écoutez-moi bien, mes sœurs, moi, Akissi, la femme aux tresses rousses et au pagne wax qui claque au vent d'Abidjan. J'ai traversé l'enfer pour vous parler aujourd'hui, bras croisés comme une guerrière, parce que je sais ce que c'est, ce foyer qui étouffe, cette cage dorée qui n'est que chaînes. À seize ans, au village, on m'a mariée à un homme comme un sac de manioc – sans demander, sans réfléchir. Lui, instable comme l'harmattan, buvait du vin de palme jusqu'à l'aube, et ses mots étaient des coups de fouet: "Akissi, paresseuse! Tu ne vaux rien sans moi!" La violence verbale me rongeait l'âme, puis venaient les cris, les gifles qui enflammaient ma peau, les poings qui brisaient mes rêves. ET moi, sans une lettre apprise à l'école, je protégeais ces petits trésors comme un baobab ses racines.
Mais écoutez, mes sœurs: un soir , quand la lune pleurait avec moi, j'ai dit stop. Mon homme ronflait, ivre mort dans sa case. J'ai noué mon bébé sur mon dos, pris les six autres par la main – leurs petits cœurs battant comme des tambours de fête. Sous la pluie qui fouettait nos dos, on a fui à travers les champs boueux, pieds nus, sans un sou en poche. "Maman est forte, on va vers la lumière", leur ai-je murmuré, les larmes se mêlant à l'eau du ciel. On a marché jusqu'au village d'à côté, hébergés par des âmes bonnes. Le matin, j'ai vendu mes deux pagnes, avec un envoi de ma sœur pour des billets de car. Vers Abidjan, chez ma sœur. Pas pour mendier, non! Pour me battre.
Là-bas, j'ai commencé par le plus petit: servante chez des patrons, à frotter des sols jusqu'à ce que mes mains saignent, à laver des montagnes de linge pour un salaire qui fondait comme neige au soleil ( avec toutes les charges des enfants et dernier qui était encore bébé, ce n'était pas facile.. )
Puis nounou, berçant les enfants des autres comme les miens, économisant chaque pièce cachée sous mon matelas. "Un jour, on aura notre table", me disais-je. Et c'est venu : une table empruntée au bord de la rue, à 16h, quand les élèves affamés sortaient. Alloco frit, bananes plantains dorées au piment rouge, vendues à la criée. "Venez, mes grands! Chaud et bon pour l'école!" Petit à petit, les sous s'accumulaient, mon coin grandissait – attieké, beignets, un vrai commerce qui pulse comme le cœur d'Abidjan.
Aujourd'hui, regardez-moi : mes sept enfants à l'école, les aînés à l'université, tous grâce à ma sueur.
Mon ex ? Il pourrit encore dans les cabarets du village, fantôme d'un passé que j'ai enterré. Moi, épanouie, je ris avec mes clients, je porte mon wax comme une couronne. Mes sœurs, si vous endurez la violence – verbale, psychologique, physique –, sortez! Même sans rien, fuyez une nuit, comme moi. Commencez par un petit boulot: servante, vendeuse ambulante, quoi que ce soit. Économisez, apprenez sur le tas, bâtissez votre empire. Vous n'êtes pas rien; vous êtes des reines. La vie frappe, mais une femme comme nous frappe plus fort. Levez-vous, et marchez vers votre lumière.
Ly-haven ❣️