12/06/2026
Depuis quelques semaines, mon attention a été (trop) retenue par la situation électorale dans mon premier pays. Le deuxième tour des élections présidentielles aura lieu le 21 juin prochain. Les colombiens ont le choix entre De la Espriella ou Ivan Cepeda. Le premier, un homme d’extrême droite qui a fait allégeance à Donald Trump et à Milei (président argentin), quelqu’un dont le discours violent appelle à « écraser avec force la plaie »… ceux de gauche. Le second, Cepeda est un monsieur dont le discours appelle au dialogue et au rassemblement et dont les valeurs de protection des institutions de l’état ont toujours été protagoniste de ses communications.
Chaque candidat se présente avec un binôme. De la Espriella postule avec M Restrepo, économiste, formé dans les meilleures universités de la Colombie et titulaire de plusieurs diplômes de grandes institutions du Royaume Uni. M Cepeda se présente avec Mme Aida Quilcué, une militante indigène du peuple Nasa de la région du Cauca qui a lutté depuis son plus jeune âge pour les ressources de sa région, les droits humains et l’accès aux programmes de santé autochtones dans son département. Ces actions l’ont menée à une carrière politique jusqu’à devenir sénatrice, mais elle ne possède aucun diplôme.
Depuis quelques jours plusieurs publications questionnent - parfois à l’aide de photo-montages irrespectueux et moqueurs - ses compétences du fait qu’elle n’ait pas la carrure académique de son adversaire politique. Ces interrogations sont légitimes, mais à l’heure où l’on applaudit le succès de certains grands entrepreneurs autodidactes du software ou de l’automobile, la question est plus complexe. Ici il s’agit de mépriser cette femme parce qu’indigène et parce que femme. Se moquer de cette femme parce qu’elle n’a pas fait de grandes d’études c’est nier les connaissances ancestrales de sa terre, sa culture, sa communauté. Mépriser cette femme parce qu’elle n’a pas de diplômes c’est mépriser la culture native de tous les colombiens. Nous sommes un peuple métisse. Aujourd'hui, la Colombie compte près d'1,4 millions d'autochtones répartis à travers le pays, certains vivent à l’écart de la vie moderne et leurs savoirs ancestraux sont encore transmis par l’oralité. L’usage de plantes médicinales ont font partie.
Aujourd’hui je suis tombée sur une publication de La Relève et La Peste- merci l’algorithme - qui concernait les échanges entre représentants du peuple Kogi de la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie et des scientifiques français qui étudient les écosystèmes locaux. Les kogis viennent régulièrement en France pour transmettre leurs savoirs ancestraux aux scientifiques pour leur apprendre à soigner la terre tout en protégeant la biodiversité. Il n’est pas question de diplômes, juste savoirs. Et vous savez quoi ? Les Kogis sont arrivés aux mêmes conclusions qu’un consortium de scientifiques sur des points très techniques. Leur premier conseil est qu’il faut absolument retrouver les connaissances oubliées des peuples autochtones en Europe afin de préserver la nature.
Et s’il s’agissait de trouver un point de convergence et de respect afin de protéger la vie, toute vie ?
C’est ce mépris des savoirs ancestraux qui crée encore aujourd’hui une scission entre la productivité et la nature, entre le profit et l’équilibre, entre le respect du vivant et les intérêts de chacun.
J’invite les colombiens qui me lisent à choisir "el voto por la vida".