20/06/2026
Dans quelques jours, cela fera un an que nous avons lancé l'élevage de poules.
Un an de doutes. Un an de fatigue. Un an à se demander parfois pourquoi on continue.
L'agriculture est un métier dont on parle beaucoup, mais qu'on connaît finalement assez peu. Nourrir les autres est devenu normal. Les difficultés, elles, restent souvent invisibles.
Depuis deux ans, les week-ends n'existent presque plus. Les vacances non plus. Même entourés de nos proches, nous avons parfois l'impression de ne pas profiter pleinement de nos enfants, tant le travail occupe nos journées et nos pensées.
Il n'y a pas un matin où je me lève en me disant : « Aujourd'hui sera facile. » Ce métier est lourd, exigeant, éprouvant. Souvent, nous sommes à bout.
Et pourtant, il y a aussi ces moments qui nous rappellent pourquoi nous sommes là : une naissance à la ferme, une belle récolte, un enfant qui découvre le monde agricole avec des étoiles dans les yeux.
Ce week-end, grâce à des salariés extraordinaires que nous n'attendions pas forcément dans notre aventure, nous allons pouvoir prendre un bol d'air à la mer. Cela peut sembler anodin pour beaucoup, mais pour nous, c'est un cadeau immense.
Nous continuons aussi parce que nous croyons qu'une autre agriculture est possible. Nous écoutons les anciens, nous apprenons de leur expérience, mais nous savons aussi que le monde change et que certaines choses doivent évoluer. Changer prend du temps. Changer est difficile. Mais nous essayons, chaque jour.
Cette année a aussi été marquée par des moments plus douloureux. Nous avons dû dire au revoir à Ventoux et Pimpaons, nos deux paons. Non pas parce qu'ils étaient malheureux ici, mais parce qu'ils faisaient trop de bruit.
Heureusement, ils ont trouvé une nouvelle maison chez des personnes formidables , à Saint-Christol.
Le vide qu'ils ont laissé à la ferme est immense.
C'est là tout le paradoxe que vivent beaucoup d'agriculteurs aujourd'hui : tout le monde veut manger local, mais peu de personnes acceptent réellement ce qu'implique la présence d'une ferme près de chez eux.
On veut des œufs locaux, mais pas le poulailler.
On soutient l'agriculture... à condition qu'elle reste loin de chez soi.
Tant que notre regard collectif sur l'agriculture ne changera pas, nous continuerons à perdre des fermes, des éleveurs et des producteurs.
Malgré tout, chaque jour, nous continuons à nous battre.
Parce que nous croyons à ce que nous faisons.
Parce que nous voulons produire une alimentation dont nous sommes fiers.
Parce que je veux que mes enfants mangent ce que je produis.
Alors oui, souvent nous sommes fatigués.
Souvent nous sommes découragés.
Souvent nous sommes à bout.
Mais demain matin, nous nous lèverons encore.
Et nous continuerons.