12/08/2025
Réédition de « Poésie et Création » de Roberto Juarroz.
La poésie est une mystique du réel. Le poète cherche dans les mots, non pas un mode d’expression, mais une manière de participer à la réalité.
La poésie prétend accomplir la tâche suivante : que ce monde ne soit pas seulement habitable pour les imbéciles.
La poésie est le plus grand réalisme possible, dans sa tentative d’unir l’homme divisé et fracturé, en fondant les éléments divisés dans un tout.
Bien sûr, il y aura toujours une poésie de l’homme divisé (sentimentale, sociale, pamphlétaire ou idéologique), produit de l’épanchement et de la proclamation… Mais, de la même façon, il existera toujours une poésie de l’homme indivis, la seule qui importe à mon sens.
Le poète est un mystique irrégulier, un étrange mystique qui parle tout en sachant que le silence est à la base de tout – ou qu’il est la base de tout y compris de la parole.
Je pense que Novalis ne parlait pas en l’air quand il écrivait que « la poésie est la religion originaire de l’humanité »
Comme l’aile, la parole poétique est la condition pour supporter l’abîme ; sinon il ne resterait que le vertige et la chute.
La poésie est la tentative de dire l’indicible, l’usage le plus extrême et le plus risqué du langage.
Art de l’impossible, la poésie est donc une recherche constante de l’autre côté des choses, du caché, de l’envers, du non-apparent, de ce qui semblait ne pas être.
La poésie est beaucoup plus qu’un genre littéraire ou qu’une formule ludique : c’est la parole de l’homme convertie en création et menée à son extrémité, là où le mot de Nietzsche acquiert une force à donner le frisson : « Dis ta parole et brise toi. » Oui, je crois que la poésie, finalement, consiste en cela : créer et se briser. Est-il une autre manière de résoudre l’énigme d’être ou de ne pas être ?