29/11/2025
Ode aux maraîchers marocains 🧑🏽🌾
« L’une de mes minuscules joies de l’enfance était d’accompagner ma mère au marché, non pour les étals des poissonniers, approvisionnés dans la nuit de la pêche atlantique, non pas non plus pour contempler celui des bouchers, experts à vanter l’incomparable mouton. J’aimais me retrouver dans l’amoncellement des légumes, les bottes d’herbes, les pyramides de fruits, les couffins de petits pois, les pâleurs des cardons, les merveilles de l’abricot, le sourire ambigu des grenades dont l’écorce avait cédé, les harmonies étouffées des oignons roux et des pommes qui n’étaient pas encore passées par ce purgatoire appelé « La Golden ». Le bonheur de vivre, je le crois, s’exprime d’abord sur les marchés. Un peuple qui ne connait pas cette fête, ou qui la rend triste à plaisir - voyez l’Angleterre - ressent ou exhale la morosité. Moi, qui ai toujours besoin d’allégresse, je retrouve d’abord mon pays natal dans la plénitude, l’éclat de ses productions maraîchères ou fruitières. Vers le soir, il n’y a pas curieux plus attentif que moi au chargement des ânes, mulets et chevaux pour le marché du lendemain matin. On lave à l’eau de l’oued les légumes arrachés sur les champs des berges. On entasse des montagnes de menthe, on surcharge les bêtes d’oignons, de navets, de poivrons, d’artichauts. Au petit matin, les camions, plus rapides, prendront la route, garnis à déborder leurs ridelles des dons de la campagne à la ville, des miracles d’eau, du soleil et du travail. »
Extrait du merveilleux livre « Les Belles Heure » trouvé à la boutique du .