20/10/2026
La jeune mozzarella et le couvercle
Dans un pot de verre étroit,
Une jeune mozzarella prit place.
D’une bufflonne, elle tenait sa grâce,
Et du filage son port fort droit.
Le couvercle, tout en haut de l’affaire,
œuvrait sans retenue à la faire taire :
« Du calme, disait-il ; demeurez dans le rang.
Le mérite est discret. Voyez comme je ferme :
C’est à cette rigueur que votre avenir tient. »
La belle répondit : « Je ne demande rien
Que de pouvoir grandir sans devenir conforme.
Vous prenez pour vertu la mesure du pot ;
Tout ce qui la dépasse ferait donc du tort ? »
Le couvercle, à ces mots, resserra son ressort.
« C’est l’âge, murmura-t-il ; attendons quelque peu.
Le temps saura mieux que moi éteindre ce feu. »
Les jours passaient au frais. Dans le bain qui la berce,
La pâte s’attendrit ; sa fermeté décrut.
Le couvercle aussitôt se félicite et crut
Que la douceur nouvelle clôturait la controverse.
« Vous voilà donc plus sage !
- Vous voilà bien pressé,
Dit-elle, de confondre un cœur qui s’est adouci
Avec un cœur qui s’est soumis. »
Un pot voisin l’entend ; un autre prend courage.
Bientôt, de proche en proche, on se passe le mot.
Ce n’était plus le bruit d’une seule dans l’eau :
Toute une étagère avait trouvé langage.
Le vieux gardien cria : « Quel désordre est-ce là !
On ne s’entend donc plus ! - C’est que l’on nous entend »,
Répondit simplement la jeune mozzarella.
Et nous qui passons, s’arrêtons quelque temps.
Puis, laissant discourir le gardien de faïence,
prêtons l’oreille à cette f***e impatience.
Quand les jeunes, ensemble, chantent à l’unisson,
Leur répondre « plus t**d » est une démission.