29/04/2026
Pourquoi avons-nous choisi de ne pas avoir de serre ?
Mes sœurs et moi, nous sommes maraîchères et nous avons fait un choix qui peut surprendre aujourd’hui : ne pas cultiver sous serre, mais uniquement en plein champ.
Ce n’est ni un hasard, ni une contrainte subie. C’est un choix réfléchi, lié à notre manière de voir notre métier.
Déjà, nos champs se trouvent à l’entrée de mon village, Ingrandes-Le Fresne sur Loire - Officiel, une belle commune de bord de Loire en cours de reconnaissance « Petite Cité de Caractère ». Pour nous, le paysage compte, parce que c’est un lieu que l’on traverse, que l’on regarde, que l’on habite.
Installer des serres en plastique aurait forcément transformé l’entrée de mon village. Pour nous, une ferme ne travaille ni hors paysage, ni hors territoire : elle fait partie d’un ensemble et cultiver ne doit pas se faire au détriment de ce qui nous entoure.
Mais ce choix n’est pas seulement esthétique.
Les serres sont de vrais outils agricoles. Elles protègent les cultures, sécurisent les productions et beaucoup de maraîchers les utilisent pour faire face aux aléas climatiques. C’est largement compréhensible, simplement, nous avons choisi une autre voie.
Ce choix est aussi lié au contexte climatique actuel, les serres conservent la chaleur, cela est bénéfique pendant la saison froide ou au début du printemps, mais avec des températures qui se réchauffent constamment, des canicules de plus en plus fortes et répétées, cela pose question.
D’autre part, le plastique est déjà très présent en agriculture, y compris dans certaines pratiques que nous utilisons aussi, comme l’irrigation. Mais le plastique, il faut le produire, le remplacer, le jeter. Même quand il est recyclé, il laisse une trace, alors dès que nous pouvons éviter d’en renforcer l’usage, nous le faisons.
Nous avons choisi de travailler au plus près des saisons. D’accepter leur rythme, leurs décalages, leurs limites aussi. Notre philosophie a toujours été que nos légumes soient, autant que possible, l’expression d’une nature laissée libre.
Concrètement, cela veut dire que nous ne sommes pas toujours sur les créneaux les plus précoces, que certains légumes arrivent plus t**d et que la récolte peut être plus irrégulière.
Cela nous oblige aussi à nous adapter autrement : observer davantage, composer avec le vivant, plutôt que chercher à tout lisser. Il n’y a pas d’agriculture sans intervention humaine, choisir des variétés, semer, irriguer, travailler le sol, c’est déjà agir. La serre est un outil parmi d’autres, nous avons simplement choisi de ne pas l’intégrer à notre système.
Cela dit, pour être exactes, nous utilisons tout de même des pépinières pour produire nos plants et ainsi en maîtriser la qualité dès le départ. (Nous en reparlerons plus t**d)
Aujourd’hui, la société s’est habituée à tout trouver tout le temps. À voir des tomates très tôt sur les étals, des légumes sans interruption toute l’année. Derrière cela, il y a des choix techniques, des investissements, une certaine logique de production.
La nôtre est différente.
Ne pas avoir de serre, c’est accepter une part d’incertitude. C’est travailler dans un cadre plus contraint, mais aussi plus lisible et plus proche des éléments.
Ce n’est pas le seul chemin possible. C’est simplement le nôtre.
On se retrouve vendredi à la boutique comme chaque semaine !