22/10/2026
Ces voix, je les ai entendues lorsque je suis venue prendre des photos pour mon livre. Ces femmes de Ath ouelhadj ( ait bouadou ) m’ont accueillie en chantant. Je garde de ce moment une profonde émotion.
Chez elles, le chant fait partie du savoir recevoir. On accueille avec des paroles, une mélodie, des voix qui se rejoignent et vous font une place. Un geste de bienvenue qui porte en lui toute une manière d’être ensemble.
En les écoutant, je pensais aussi à ce que le chant kabyle des femmes peut contenir de toute une vie : les joies, les séparations, la fatigue du quotidien, les peines que l’on garde pudiquement pour soi. À travers les complaintes et les joutes poétiques, les mots permettent de confier ce qui pèse, de se répondre, de se reconnaître dans l’histoire d’une autre. Ces rencontres deviennent alors des moments où l’on reprend souffle.
Cette poésie s’apprend auprès des anciennes, dans la vie du village, au fil des gestes et des rencontres. Elle se transmet de voix en voix, avec toute la sensibilité de celles qui la font vivre.
Je mesure ce que nous devons aux femmes qui nous ont précédées, à leur courage, à ce qu’elles ont enduré et à ce qu’elles ont su préserver. Les libertés dont nous bénéficions aujourd’hui nous invitent à écouter leur histoire avec reconnaissance.
Recueillir ces chants, en transcrire les paroles et les transmettre, c’est leur donner une place dans notre mémoire. C’est reconnaître que leurs vies, leurs émotions et leurs mots méritent de rester.
Merci à ces femmes pour leur accueil et pour ce moment partagé. Dans mon souvenir de cette journée, leurs voix ont toute leur place.