14/10/2026
[CAHORS & MALBEC : L'ARBRE & LA PIROGUE]
Texte : Léon Mazzella
𝘛𝘰𝘶𝘵 𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘵𝘪𝘳𝘢𝘪𝘭𝘭𝘦́ 𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦 𝘥𝘦𝘶𝘹 𝘣𝘦𝘴𝘰𝘪𝘯𝘴. 𝘓𝘦 𝘣𝘦𝘴𝘰𝘪𝘯 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘗𝘪𝘳𝘰𝘨𝘶𝘦, 𝘤’𝘦𝘴𝘵-𝘢̀-𝘥𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘶 𝘷𝘰𝘺𝘢𝘨𝘦, 𝘥𝘦 𝘭’𝘢𝘳𝘳𝘢𝘤𝘩𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘢̀ 𝘴𝘰𝘪-𝘮𝘦̂𝘮𝘦, 𝘦𝘵 𝘭𝘦 𝘣𝘦𝘴𝘰𝘪𝘯 𝘥𝘦 𝘭’𝘈𝘳𝘣𝘳𝘦, 𝘤’𝘦𝘴𝘵-𝘢̀-𝘥𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘭’𝘦𝘯𝘳𝘢𝘤𝘪𝘯𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵, 𝘥𝘦 𝘭’𝘪𝘥𝘦𝘯𝘵𝘪𝘵𝘦́. 𝘓𝘦𝘴 𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦𝘴 𝘰𝘴𝘤𝘪𝘭𝘭𝘦𝘯𝘵 𝘤𝘰𝘯𝘴𝘵𝘢𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦 𝘤𝘦𝘴 𝘥𝘦𝘶𝘹 𝘣𝘦𝘴𝘰𝘪𝘯𝘴 𝘦𝘯 𝘤𝘦́𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘵𝘢𝘯𝘵𝘰̂𝘵 𝘢̀ 𝘭’𝘶𝘯, 𝘵𝘢𝘯𝘵𝘰̂𝘵 𝘢̀ 𝘭’𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦 𝘫𝘶𝘴𝘲𝘶’𝘢𝘶 𝘫𝘰𝘶𝘳 𝘰𝘶̀ 𝘪𝘭𝘴 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘳𝘦𝘯𝘯𝘦𝘯𝘵 𝘲𝘶𝘦 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘭’𝘈𝘳𝘣𝘳𝘦 𝘲𝘶’𝘰𝘯 𝘧𝘢𝘣𝘳𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘢 𝘗𝘪𝘳𝘰𝘨𝘶𝘦.
𝘓𝘦 𝘔𝘢𝘭𝘣𝘦𝘤 𝘢 𝘷𝘰𝘺𝘢𝘨𝘦́. 𝘔𝘢𝘪𝘴 𝘴𝘦𝘴 𝘳𝘢𝘤𝘪𝘯𝘦𝘴 𝘳𝘦𝘴𝘵𝘦𝘳𝘰𝘯𝘵 𝘦́𝘵𝘦𝘳𝘯𝘦𝘭𝘭𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘤𝘢𝘥𝘶𝘳𝘤𝘪𝘦𝘯𝘯𝘦𝘴. 🍷
🐣 « C’est trop injuste », s’exclamerait Calimero s’il était vigneron dans le Lot. En effet, d’aucuns, en entendant le mot Malbec, pensent aussitôt vin argentin, tant ce cépage a envahi la pampa et s’y trouve à l’aise, comme chez lui.
🍇 Or, chez lui, son berceau, c’est le terroir de Cahors, et ce depuis des siècles, à une époque où l’on parlait d’Auxerrois et pas encore de Malbec, son synonyme (avec Côt, en Touraine), présent sur les collines lotoises. C’est au XVIIIe siècle qu’un vigneron médocain nommé Malbeck, soucieux de développer l’Auxerrois dont il s’était entiché, lui donne son nom en ôtant le k final.
📜 Lors de l’obtention de l’AOC Cahors en 1971, il est souligné que « le vignoble de Cahors est le seul au monde à base de Malbec pour cépage principal ». Le « vin noir » issu de Malbec, avait acquis une réputation internationale avant la crise phylloxérique, qui fut catastrophique dans le Lot. Un second choc fut l’hiver rigoureux de 1956 qui eut raison d’une bonne part du vignoble quercynois.
🏰 Implanté le long du Lot qui serpente à travers le Causse, le Malbec prospère avec l’aisance d’un notaire balzacien. Il joue à domicile, dit-on au rugby, et son côté casanier lui réussit. Rustique, puissant, résistant (bien que sujet à la coulure), volontiers tendu et tannique, le Malbec engendre des vins corsés à la robe profonde et très sombre.
👃 Sa gamme aromatique est large, qui va des fruits rouges et noirs (mûre, prune, cerise, groseille) aux épices (réglisse, poivre) et au tabac, en passant par des notes florales (violette). En vieillissant, surgissent des parfums de sous-bois, de cuir, de gibier, et enfin de truffe – logique pour la région.
⛰️ AU PIED DE LA CORDILLÈRE 🇦🇷
Le vin rouge d’Argentine est quasiment synonyme de Malbec, à l’instar de la Shiraz (Syrah) en Afrique du Sud. Le cépage fut introduit par Michel Pouget, agronome français, vers 1860, et la grande région de production viticole de Mendoza devint sa nouvelle terre d’élection, devant les régions de San Juan, San Rafael, Catamarca.
☀️ Mendoza, au pied de la Cordillère des Andes, bénéficie d’un ensoleillement généreux, d’un climat sec et d’une géologie propices. C’est à partir des années 1980 seulement que le monde du vin argentin se réveille, suivant l’exemple de son voisin chilien, et dans les années 1990 le vignoble, environ 215 000 ha de vignes situées principalement entre 600 et 1 500 m d’altitude (journées chaudes et nuits fraîches) décolle vraiment.
🍷 L’altitude des plateaux donne des vins concentrés et profonds comme à Cahors, et sont également dotés d’une rondeur notable en bouche, avec un nez où les fruits noirs dominent (il est plus complexe à Cahors), des tanins souples (ils sont plus fermes à Cahors) et d’une acidité équilibrée (elle est plus affirmée à Cahors), ce qui leur donne une élégance certaine.
Le « Malbec argentin » est devenu un emblème national, et il fait de l’Argentine le premier producteur mondial en volume de ce cépage d’origine cadurcienne. Gardons-nous cependant de confondre quantité et qualité... 🤫