22/09/2026
Puisqu’on nous demande pourquoi on ne paye pas les personnes qui viennent nous aider à la manucure, on va vous raconter un peu ce qu’il y a derrière cette histoire de « bénévolat ».
Déjà, nous sommes une microferme.
Et pour être très clairs : nous-mêmes, nous ne nous payons pas avec la ferme. Nous avons tous des activités et des boulots à côté pour pouvoir vivre.
La Ferme de Kerforn, ce n’est pas une grosse exploitation agricole qui fait travailler des gens gratuitement pour augmenter ses marges.
C’est un projet que nous construisons petit à petit, avec nos moyens, notre énergie et beaucoup de temps.
Et derrière la culture du C*D, il y avait dès le départ une idée beaucoup plus large : créer un lieu vivant. Un endroit où l’on puisse cultiver, transformer, transmettre, apprendre, organiser des ateliers, faire la fête, se rencontrer, expérimenter, partager des savoir-faire et créer du lien.
Oui, nous cultivons du chanvre C*D.
Et oui, nous vendons ce que nous produisons.
Parce que l’idée, c’est aussi de pouvoir faire vivre cette ferme un jour grâce à ce que nous y produisons. Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas.
Mais en attendant, on a créé du vivant.
Des plantes.
Des cultures.
Des projets.
Des événements.
Des rencontres.
Des liens avec nos voisins, nos clients, nos copains, des gens qui viennent découvrir la ferme et qui parfois reviennent l’année suivante.
Et c’est aussi pour ça que nous proposons des chantiers participatifs.
Les personnes qui viennent nous aider ne sont pas des ouvriers agricoles gratuits que nous mettrions au travail pour faire tourner une entreprise.
Ce sont des personnes qui ont envie de venir passer quelques heures à la ferme, de découvrir comment ça fonctionne, de mettre les mains dans les plantes, d’apprendre, de transmettre à leur tour, de rencontrer du monde et de participer à quelque chose de collectif.
Certaines viennent une fois.
Certaines reviennent tous les ans.
Certaines sont devenues des copains.
Et ça, pour nous, ça a une valeur immense.
D’autant que nous sommes très loin du fonctionnement d’une grande partie du marché du C*D. En 2022, une résolution du Sénat estimait que 90 % des produits à base de C*D vendus dans les points de vente français n’étaient pas issus d’une production sur le territoire français.
Nous, on a choisi de faire autrement.
On cultive ici.
En bio.
On transforme ici.
On travaille à petite échelle.
On essaie de produire localement, avec le moins de dépendances possible, dans une logique de décroissance et d’autonomie.
Et surtout, on cultive l’humain.
Alors oui, vous pouvez venir nous expliquer que notre chantier participatif est une forme d’exploitation.
Mais avant de passer votre temps à traquer et à critiquer les petites initiatives qui essaient de faire autrement, peut-être qu’on peut aussi regarder un peu plus largement le système dans lequel on vit.
Parce que pendant qu’on vient nous expliquer qu’on exploite les gens en leur proposant de venir passer quelques après-midis à la ferme, on consomme tous, à des degrés différents, des produits fabriqués à l’autre bout du monde, dans des conditions sociales et environnementales autrement plus discutables.
Des multinationales qui accumulent des milliards.
Des chaînes de production qui reposent sur une main-d’œuvre sous-payée.
Des ressources naturelles exploitées jusqu’à l’épuisement.
Des enfants qui travaillent encore dans certaines chaînes d’approvisionnement.
Mais visiblement, une microferme qui essaie de créer localement, de produire en bio, de transmettre des savoir-faire et de réunir des gens autour d’un chantier participatif, c’est là qu’il fallait venir chercher l’exploitation.
Nous, on préfère continuer à regarder ce qu’on peut construire ici.
Pas parfaitement.
Pas à grande échelle.
Pas avec des millions.
Mais concrètement.
Et c’est peut-être ça aussi, être punk : essayer de créer des alternatives au système plutôt que de passer son temps à expliquer à ceux qui essaient qu’ils font mal.
Nous, on va continuer à cultiver du chanvre.
Et surtout, à cultiver l’humain.
Bisou à tous ceux qui nous soutiennent et à tous ceux qui nous jalousent