21/06/2026
Lettre ouverte à Monsieur le Préfet du Bas-Rhin
Monsieur le Préfet,
Je vous écris aujourd’hui en tant que chef d’entreprise, organisateur d’événements, citoyen (alsacien qui plus est) , mais surtout en tant qu’homme de terrain.
Depuis dix jours, les prévisions météorologiques annonçaient des températures exceptionnelles pour ce week-end de la Fête de la Musique. Tout le monde le savait. Les organisateurs le savaient. Les restaurateurs le savaient. Les communes le savaient. Les professionnels de l’événementiel le savaient.
Et pourtant, c’est à quelques heures seulement de l’événement que tombe un arrêté interdisant la consommation d’alcool dans l’espace public.
Je comprends la volonté de protéger la population. Je comprends les enjeux liés à la canicule. Je comprends la nécessité de préserver les services de secours.
Mais ce que je ne comprends pas, c’est le manque d’anticipation.
Car derrière une décision administrative, il y a des milliers de professionnels qui ont déjà engagé des frais. Il y a des stocks commandés. Des équipes recrutées. Des musiciens programmés. Des techniciens mobilisés. Des restaurateurs qui comptent sur cette soirée pour faire leur chiffre. Des saisonniers qui comptent sur cette activité pour vivre.
Et puis il y a une incohérence qui échappe à beaucoup d’entre nous.
Vous interdisez la consommation d’alcool, mais qu’en est-il de la vente ?
Un professionnel a-t-il le droit de vendre une bière à un client qui risque ensuite d’être verbalisé en la consommant ? Comment expliquer cela aux exploitants, aux associations, aux bénévoles et au public ? À cette heure, beaucoup de personnes se posent encore la question.
Je suis également surpris que l’on puisse prendre une mesure aussi lourde de conséquences quelques heures avant l’un des événements populaires les plus importants de l’été
La Fête de la Musique, ce n’est pas seulement des concerts. C’est aussi l’activité économique de milliers de personnes. C’est la vie de nos centres-villes. C’est la convivialité. C’est la rencontre.
Et oui, n’en déplaise à certains, une bière partagée entre amis fait aussi partie de notre culture. Comme le vin. Comme le houblon qui pousse dans nos campagnes. Comme ces terrasses qui font vivre nos communes.
Dire cela n’est pas faire l’apologie de l’alcool.
Je condamne les excès comme tout le monde. Mais il existe une différence entre lutter contre l’ivresse et la deshydratation et pénaliser indistinctement l’ensemble d’une filière économique déjà fragilisée.
Lundi, certains rendront une partie de leur stock. D’autres absorberont les pertes. D’autres encore croiseront les doigts pour que les prochains événements de l’été ne soient pas annulés ou limités à la dernière minute.
Nous pouvons entendre les contraintes sanitaires. Nous pouvons comprendre les impératifs de sécurité.
Mais nous avons besoin d’anticipation, de dialogue et de visibilité.
Parce qu’une décision prise quelques heures avant la Fête de la Musique ne touche pas uniquement des consommateurs. Elle touche des entrepreneurs, des salariés, des artistes, des associations et tout un tissu économique local.
Et cela mérite, à minima, que l’on s’en indigne