16/10/2026
Reprendre un vignoble familial, est-ce poursuivre le travail de ses parents ?
Ou avoir le courage de faire autrement
Dans mon cas, l'histoire est un peu différente
Je n'ai pas repris un vignoble familial transmis de génération en génération
Mon père travaillait depuis de nombreuses années dans une propriété viticole prestigieuse à Fronsac où il avait acquis une solide expérience de la vinification et de l'élevage des vins
De mon côté, j'avais envie de créer quelque chose de différent
Lorsque nous nous sommes lancés dans l'aventure du Domaine du Carrelet, mon père m'a laissé les mains libres
Et je crois que c'est probablement l'une des plus belles preuves de confiance qu'il pouvait me donner
Parce que je ne voulais pas simplement reproduire ce qu'il avait fait pendant toute sa carrière
Je voulais produire un vin différent avec une approche plus moderne, davantage adaptée aux attentes des consommateurs d'aujourd'hui
Mais avec une contrainte de taille
Nous n'avions ni les moyens financiers, ni les installations, ni le matériel dont il disposait auparavant
Il fallait donc apprendre à faire autrement
Rationaliser notre travail, utiliser au maximum le matériel existant, l'adapter lorsque c'était nécessaire et repenser certaines étapes de la vinification et de l'élevage
Avec un objectif assez simple : rendre notre micro-vignoble économiquement viable
Sans renoncer à nos ambitions qualitatives
C'est aussi ce qui nous a conduits à faire le choix de deux cuvées monocépages avec des méthodes d'élevage qui nous sont propres
Et je crois que c'est là que se trouve l'une des plus grandes difficultés de la transmission entre générations
Il est parfois plus facile d'accepter une nouvelle idée avant qu'elle soit mise en pratique qu'une fois qu'elle commence réellement à bousculer nos habitudes
Au départ on encourage les jeunes à entreprendre, à apporter un regard nouveau
Mais lorsque leurs décisions s'éloignent trop des méthodes que l'on connaît depuis des années alors les premières réticences apparaissent
Pas nécessairement par manque de confiance
Il est difficile de remettre en question des pratiques qui ont fait leurs preuves pendant toute une carrière
C'est à ce moment-là que beaucoup de jeunes peuvent se décourager
Parce qu'ils ont besoin de l'expérience des anciennes générations mais aussi de la liberté de construire leur propre manière de travailler
Mon père apporte son expérience, sa maîtrise technique et toutes ces connaissances
Moi j'apporte mes idées, mon regard commercial et cette envie de faire évoluer certaines pratiques
Notre plus grande réussite n'est pas simplement d'avoir créé un petit vignoble ensemble
Mais faire cohabiter deux générations, deux visions et deux manières d'aborder le même métier
Sans chercher à effacer ce que l'autre a construit
Car transmettre un savoir-faire ce n'est pas obliger la génération suivante à reproduire
C'est aussi accepter qu'elle puisse s'en servir pour aller ailleurs
La phrase qui résume notre philosophie : « Entre tradition et modernité »
Pensez-vous que les anciennes générations laissent suffisamment de liberté aux jeunes pour faire évoluer leurs métiers ?