21/04/2026
Je suis paysan, je suis éleveur, je suis jardinier.
Certains d’entre vous ont été choqués par ma décision d’emmener tout mon troupeau à l’abattoir plutôt que de le laisser vacciner de force. Je peux le comprendre. Mais je veux vous expliquer.
Mon métier, c’est d’élever des animaux pour nourrir. Ce sont des vaches à viande. Depuis toujours, c’est moi qui les amène à l’abattoir. En général, je me lève tôt, vers 2h du matin. Je bois le café, tout est calme. À cette heure-là, on a l’impression que le monde est simple, qu’il nous comprend.
Dans la bétaillère, les animaux sont calmes. Je leur parle. Une belle couche de paille les garde propres jusqu’au bout. Je prends la route, doucement. À l’arrivée, je les décharge avec l’équipe de l’abattoir, comme si je les amenais dans un nouveau parc. Je les remercie, une à une. Je repense à tous les moments passés ensemble.
Je pense aussi à la suite. À mes amis, à mes clients, à ma famille. À ceux qui vont cuisiner cette viande, la partager, en prendre soin. C’est mon métier. C’est une finalité. La viande, c’est de l’herbe et du foin métamorphosés. Juste ça, avec de l’eau de source.
Quand mes animaux sont vivants, je fais tout pour qu’ils aient la plus belle vie possible. Les veaux restent avec leurs mères. Les animaux sont dehors, sur des pâturages, avec des arbres, des haies. Les vaches gardent leurs cornes. Les brebis gardent leurs queues. J’ai toujours travaillé dans le respect de ce qu’ils sont.
Amener mes animaux à l’abattoir, ce n’est pas les trahir. C’est aller au bout de mon métier, avec respect. L’élevage continue jusque dans l’assiette. Savoir d’où vient la viande, qui a élevé les animaux, comment ils ont vécu.
Ce que je refuse aujourd’hui, ce n’est pas la mort de mes animaux. C’est qu’on leur impose une intervention que je juge injuste. Je préfère les accompagner dignement jusqu’au bout plutôt que de les voir subir cela.
Je suis fier de pouvoir vous proposer une dernière fois cette viande de montagne, issue d’animaux élevés simplement, sans produits de synthèse. Je suis en agriculture biologique depuis toujours, non pas pour le business, mais parce que cela me semble être la norme du vivant.
Pendant un temps, il n’y aura plus de vaches à la ferme. Mais je reste paysan. Mes 250 brebis et leurs agneaux sont là. Mes ânes veillent. Mes cochons fouillent leur parc.
C’est mon métier, et tant que je serai vivant, je l’exercerai avec respect pour les animaux, la nature et les êtres humains.
Merci de votre confiance.
Jean-Marie Delavigne
20 avril 2026