31/08/2026
L’été où les jardins ont cessé de grandir
Après cet été tumultueux, je n’ai guère eu le cœur à autre chose qu’à sauvegarder mes jardins. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour maintenir les plantes en vie.
La sécheresse printanière avait déjà donné le tempo de l’été à venir. Dans toute ma vie paysanne, je n’avais encore jamais vécu un tel épisode. Bien sûr, nous avons connu des saisons difficiles, des récoltes contrariées et des années incertaines. Mais cette année de production 2026 a fait très mal.
Nous avons tous souffert : le sol, les végétaux, les animaux, petits et grands. Et nos espoirs eux-mêmes se sont ébranlés.
Le printemps s’était fait attendre. Une pluie passagère, au mois de mai, m’a offert une fenêtre juste assez longue pour planter les annuelles. Elles patientaient dans la serre. Je me suis précipitée pour leur trouver une place au jardin, le plus souvent au milieu de plantes plus hautes qui pourraient leur apporter l’ombre.
Je craignais la suite. Pourtant, ce fut pire encore que je ne l’avais imaginé.
J’ai soutenu les annuelles matin et soir, avec l’eau de pluie que j’avais pu mettre en reserve l’hiver, distribuée au compte-gouttes. Je n’ai pas irrigué. Chaque quantité d’eau devait être pensée, mesurée et réservée à l’essentiel.
Au mois d’août, j’ai fini par abandonner l’arrosage. Les plantes avaient arrêté leur croissance. Elles se sont mises à grainer. J’en ai coupé certaines pour ne pas prolonger leur épuisement. Peu à peu, elles sont entrées dans une sorte d’hivernage, en plein été.
Chaque matin, j’allais au jardin. J’en revenais dévastée.
Après le 10 août, je ne suis presque plus sortie. J’avais peur de ce que j’allais trouver. Alors je suis restée dans mes ateliers, occupée à préparer la rentrée et toutes mes transformations. C’était aussi une manière de continuer, malgré tout.
J’ai pu récolter ce dont j’avais besoin, même si la production des annuelles est vraiment moindre cette année.
Je remercie profondément ces jardins merveilleux, portés par les plantes vivaces. Elles n’ont jamais été arrosées et j’enregistre très peu de pertes. Leur résistance m’émerveille. Sous une apparente immobilité, elles ont tenu bon.
Dans cette bataille de l’eau, nous étions tous engagés, mais pas tous de la même manière.
Je n’ai pas oublié le monde animal qui habite mes jardins. Les oiseaux, les insectes, les petits mammifères et tous ceux que l’on ne voit pas toujours avaient besoin d’eau, eux aussi. Car ces jardins ne m’appartiennent pas entièrement : nous les partageons.
Nous vivons ensemble.
Les photographies qui accompagnent ce texte racontent quelques fragments de cette saison. Elles montrent ce qui a fleuri, ce qui a résisté et ce que les jardins ont réussi à nous offrir malgré tout.
Aujourd’hui, je ne veux pas seulement retenir les pertes. Je veux aussi remercier le vivant d’avoir tenu, parfois avec presque rien.