27/05/2026
La cueillette du sureau va déjà vers sa fin. Avec cette vague de chaleur, les floraisons ont trois semaines d'avance sur l'année dernière. Faut que je vous raconte un peu le sureau car c'est un des grands plaisirs de notre vie. D'abord, le parcours : des sureaux, il y en a partout dans la campagne. Mais tous ne donnent pas. Pour que l'arbre soit prolifique, il a besoin de soleil et d'un sol riche. Si ces deux conditions sont réunies, il produira des corymbes plus grandes et plus odorantes. La différence est énorme. Dans un cas, le corymbe fera cinq centimètres, dans l'autre, trente. D'un même geste, on cueillera un ou quarante gramme de fleurs. Dans une optique professionnelle, les arbres devront être situés dans différents types de milieux de façon à pouvoir étaler la production. Chez nous, la saison commence au sommet de la colline et se termine dans les fonds humides un mois plus t**d. En montagne, on commencera par la plaine et on grimpera en altitude progressivement, ce qui permet de s'offrir une fenêtre de deux à trois mois. Les arbres devront être taillés régulièrement pour demeurer accessibles. Idéalement, on travaillera sur des têt**ds de moins d'un mètre de tronc desquels jaillissent des branches souples. Les arbres devront être dégagés des ronces et des orties en début de saison. J'ai mis plusieurs années à construire mon parcours qui compte une cinquantaine d'arbres disséminés sur une quinzaine d'hectares. J'ai donné des noms aux plus productifs. Si vous venez chez nous, je pourrais vous présenter Victor, Nestor, Chapichapo, Chatodo, Fairy, Fada et Fadeta. Chacun a sa personnalité propre. L'un est plus précoce, l'autre plus exubérant. Pour moi, ce sont des amis.
Parlons maintenant des outils : d'abord, une hotte de cueillette. Ma préférée est en bambou. Je l'avais ramenée de Birmanie il y a trente ans. Elle est un peu fatiguée mais fidèle au poste, increvable. Légère. J'apprécie de pouvoir l'envoyer sur le côté ou devant moi d'un petit coup de rein, de façon à ce qu'elle soit toujours bien disposée. Pour attraper et ployer les branches hautes, il faut avoir une gaule. J'ai dit une gaule, pas la gaule, ni la Gaule. La plupart du temps, je les façonne dans une perche de noisetier. Un départ de branche forme le crochet, que je sculpte tantôt en tête d'oiseau, parfois une buse, un pic vert ou un pélican selon l'inspiration du moment. J'ai aussi fait une série de têtes d'ânes dont je me sers quand je me balade avec mes copains à longues oreilles. La canne doit mesurer entre un mètre et un mètre cinquante afin d'accéder aux plus hautes branches sans être trop encombrante. Un bon chapeau de paille et des lunettes de soleil complètent ma panoplie avec à propos.
Pour terminer, le geste. Le but est de cueillir le plus rapidement possible en éliminant le maximum de pétiole de façon à m'épargner l'étape de l'émondage, ce qui doublerait ma charge de travail. J'attrape le corymbe de la main gauche et je pince avec la main droite. Le panier doit être au niveau du ventre afin de raccourcir le geste et le rendre le plus rapide possible. Selon que je cueille pour la tisane ou pour du sirop, je sélectionne des corymbes en début de floraison ou plus avancés. Les unes auront plus de propriétés, les autres plus de parfum. Selon le moment de la saison, je peux ramasser entre trois et dix kilos de fleurs fraîches dans la journée, pour une à trois heures de travail. Celles qui sont destinées à la tisane sont séchées en minces couches de deux centimètre d'épaisseurs. Les autres sont confites dans le sucre.
La cueillette du sureau est un de mes moments préférés de l'année. Il fait beau, les oiseaux chantent, le merle et le loriot. L'air est chargé de fragrances. Mes gestes sont rapides, je ne pense à rien. Je suis là, heureux de vivre cette Vie sur Terre. A la fin de ma tournée, mes jambes sont griffées par les ronces, rougies de piqûres d'orties, mes mains et mon t-shirt jaunes de pollen.
Voilà une bien belle journée de gagnée à la Ferme des Simples.
Petit conseil dégustation : savourez notre sirop de sureau en boisson diluée, classique, en soda, avec de l'eau gazeuse, en kir, avec un Chardonnay, en picon avec une bonne bière locale, en glaçage sur une tarte aux pommes, sur une glace à la vanille, etc...
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