10/06/2026
Quand le confort devient une politique
Il paraît que M. Fouzi Lekjaa ne laisse rien au hasard lorsqu'il s'agit de préparer l'équipe nationale marocaine pour la Coupe du monde. Entre les conditions de séjour haut de gamme, les attentions particulières accordées aux joueurs et, désormais, la volonté affichée de faire venir leurs familles en Amérique afin de leur offrir un soutien psychologique, tout semble avoir été pensé pour placer les Lions de l'Atlas dans les meilleures dispositions possibles.
À ce rythme, il ne manquera bientôt plus qu'un tapis rouge à la descente de l'avion. Une chose est sûre : personne ne pourra reprocher aux joueurs d'avoir manqué de confort ou d'encadrement. M. Lekjaa paraît déterminé à éliminer le moindre prétexte susceptible d'expliquer un éventuel échec sportif.
Mais une question, toute simple, mérite d'être posée : qui paiera la facture ?
Si ces dépenses proviennent de la poche personnelle de M. Lekjaa, chacun est libre de juger de la pertinence de sa générosité. En revanche, si elles sont financées par l'argent public, le débat change de nature. Car cet argent n'appartient ni aux dirigeants sportifs ni aux responsables politiques ; il appartient aux citoyens marocains.
Dans un pays confronté à des défis bien plus urgents en matière d'éducation, de santé, d'emploi ou encore de pouvoir d'achat, il est légitime de s'interroger sur l'opportunité de financer le voyage de familles entières à plusieurs milliers de kilomètres. Le soutien moral est certes important dans le sport de haut niveau, mais les priorités nationales le sont tout autant.
À entendre certains responsables, on finirait presque par croire que la réussite d'une sélection dépend davantage du nombre de proches présents dans les tribunes que du travail, du talent et de la préparation sur le terrain. Pourtant, dans la plupart des pays du monde, les fonds publics sont censés être gérés avec prudence, surtout lorsqu'il s'agit de dépenses qui relèvent davantage du confort que de la nécessité.
Les Marocains aiment leur équipe nationale et souhaitent naturellement la voir briller sur la scène mondiale. Mais cet attachement ne signifie pas que toutes les dépenses doivent être acceptées sans discussion. Le patriotisme n'exclut ni le bon sens ni le devoir de rendre des comptes.
Car au bout du compte, une question demeure : la Coupe du monde est-elle une compétition sportive ou une raison suffisante pour ouvrir sans limite le robinet de l'argent public ?